Saumon atlantique

Le Saumon, espèce migratrice emblématique, est présent sur les cours d'eau normands. Il fréquente majoritairement le côté occidental de la Normandie, mais on le retrouve aussi en Seine et sur quelques fleuves côtiers de la côte d'albâtre. 

Description de l’espèce

La coloration du corps fusiforme du saumon atlantique est variable suivant le stade de développement. Le tacon présente une robe proche de celle de la truite commune, d’aspect métallique, avec un dos gris-bleuté, des flancs argentés accompagnés de marques verticales caractéristiques. En phase marine, il est brillant et argenté. Proche de la reproduction, les flancs se teintent de jaune et se tâchent de rouge et de pourpre, tandis que la mâchoire inférieure se développe en un « bec » caractéristique chez le mâle.

Adulte, le Saumon atlantique couvre des tailles allant de 45 cm à plus d’un mètre pour un poids de 2 à 10 kg, la taille dépendant principalement de la durée du séjour marin.

Répartition

Le saumon atlantique est endémique de l’Océan atlantique nord. A l’Est, son aire de répartition s’étend du Portugal au nord de la Scandinavie. Tandis qu’à l’Ouest, l’espèce est présente du Connecticut jusqu’au sud du Groenland et la péninsule Québécoise d’Ungava.

Sur le bassin Seine-Normandie le saumon atlantique fréquente de nombreux fleuves côtiers de l’arc normand. Les populations les plus nombreuses se retrouvent sans surprise sur les cours d’eau bas normands situés sur le socle ancien aux étiages contrastés (Sée, Sélune, Sienne), tandis qu’à partir du bassin de l’Orne où les deux espèces de Salmonidés migrateurs cohabitent en raison des influences géologiques variées de ce dernier, la truite de mer prédomine alors sur les rivières calcaires sédimentaires (Touques, Arques, Bresle). Seule la Béthune, rivière du Pays de Bray prenant sa source sur un affleurement du Jurassique au régime hydraulique plus soutenu et charriant alors une granulométrie plus grossière révèle chaque année des témoignages de reproduction et de captures plus significatifs.

L’espèce fréquente également la Seine, avec plusieurs dizaines d’individus dénombrés en montaison par le biais de l’observatoire piscicole annexé sur la passe à poissons située en rive droite du barrage de fond d’estuaire à Poses. Quelques individus se reproduisent presque chaque année sur certains affluents estuariens en aval de l’ouvrage (Austreberthe et Andelle), mais aucune reproduction naturelle n’a pu être observée plus amont malgré le nombre d’individus franchissant l’estuaire dont les derniers spécimens ont été observés dans l’agglomération parisienne au pied des ouvrages infranchissables.

Les apprentissages vitaux : la prise de territoire

Dès l’émergence, les alevins montrent un comportement territorial, afin d’occuper les meilleurs postes parmi les abris proposés par la granulométrie très grossière des radiers-frayères. Les jeunes saumons ont, de plus, par rapport à la truite, une plus grande capacité à se maintenir au cœur même des courants, grâce notamment à des capacités physiques particulières (plus grandes nageoires pectorales …).

La compétition pour les meilleurs postes conduit à la mise en place d’une mosaïque de territoires. Une hiérarchie s’installe, dans laquelle les plus dominés meurent ou dévalent à la recherche d’emplacements inoccupés.

Les habitats des juvéniles

Le jeune saumon est attaché aux zones très courantes. Les habitats de type « radier » et « rapide » assurent plus de 80% du recrutement en juvéniles qui, à partir d’une taille de 6-7 cm, quittent la nourricerie et gagnent des zones plus profondes. L’habitat de référence des saumons d’un été correspond à des radiers grossiers composés de pierres et de galets, avec de vitesses de courant de 40 à 60 cm/s et des profondeurs de 20 à 40 cm. Les contraintes de vitesses de courant assurent aux jeunes saumons une quasi-exclusivité de l’occupation de l’espace. Les densités automnales sur ces habitats peuvent alors être élevées, dépassant 50 individus pour 100 m².

Les jeunes saumons apprécient les secteurs bien éclairés. La productivité peut ainsi varier d’un rapport de 1 à 5 entre un radier entièrement ombragé et un radier à l’éclairement optimal.

La dévalaison (mars-mai)

Au printemps de la deuxième ou troisième année en eau douce, le jeune saumon se smoltifie avant de quitter le cours d’eau. Ce phénomène implique des changements morphologiques (forme, livrée), physiologiques (osmorégulation) et comportementaux (arrêt du comportement territorial) afin de se préparer à la vie océanique.

La maturation/montaison (mars-décembre)

En mer le saumon gagne des zones d’engraissement éloignées. Les concentrations les plus importantes ont été identifiées à l’ouest du Groenland, en Mer du Labrador, au voisinage des Îles Féroés, en Mer de Norvège et dans la Mer Baltique.

Les adultes retournent en rivière assurer leur reproduction au terme d’un séjour marin à la durée variable, distinguant ainsi 3 types de saumon : le castillon ou madeleineau, grilse, (45 à 75 cm) qui revient après seulement 1 hiver de mer, le  « saumon de printemps » ( 75 à 90 cm) après 2 hivers de mer, et le « grand saumon de printemps » (plus de 90 cm) après 3 hivers de mer. Les castillons comprennent une majorité de mâles, alors que les femelles dominent chez les saumons de plusieurs hivers de mer. Ces derniers sont donc plus performants pour le stock reproducteur en raison de l’aspect quantitatif de la dépose d’œufs qu’ils représentent. La diminution de la proportion de saumon de printemps dans les stocks naturels représente donc un réel facteur limitant à la survie de l’espèce en particulier sur les derniers grands fleuves français aux populations historiques de grands saumons.

Les géniteurs retournent sur les frayères dont ils sont issus qu’ils retrouvent en partie grâce à leur mémoire olfactive. Ce phénomène, le homing, n’est pas absolu, puisque qu’un taux de divagation non négligeable est observé entre les cours d’eau aux estuaires relativement proches géographiquement, assurant par conséquent, un certain brassage génétique.

 

Remarque : au regard du nombre de petits cours d’eau côtiers fréquentés par les poissons migrateurs, en l’occurrence le saumon atlantique, sur le bassin Seine Normandie, et la proximité de leurs estuaires, l’arc normand constitue un véritable réservoir biologique vis-à-vis de l’axe Seine.

La reproduction (novembre-janvier)

Le frai a lieu sur les radiers des parties moyennes et amont des cours d’eau, au substrat grossier et non colmaté.  Les adultes aménagent, dans les zones les plus courantes et oxygénées,  des nids de cailloux et de graviers sous lesquels la ponte est enfouie. Les œufs éclosent après 440 degrés-jours d’incubation. La grande majorité des adultes meurent après la reproduction, seulement 1 à 2 %, nommés « ravalés », survivent et retournent en mer, pour peut-être remonter se reproduire une seconde fois.

Liste rouge

Le saumon atlantique est présent dans la liste rouge de l’UICN et considéré comme sujet à « préoccupation mineure » au niveau mondial et comme « vulnérable » en France.

EX : Eteint dans la nature  -  RE : Disparu de France métropolitaine  -  CR : En danger critique d’extinction  -  EN : En danger  -  VU : Vulnérable  -  NT : Quasi-menacé  -  LC : Préoccupation mineure  -  DD : Données insuffisantes   -  NA : Non applicable (Taxon introduit, en limite d’aire…)

Protection internationale

  • Convention de Berne : Annexe III (eau douce)
  • Convention OSPAR : Annexe V

Protection communautaire

  • Directive Habitat Faune Flore Natura 2000 : Annexe II et V (eau douce), 100 sites Natura 2000 en France

Protection nationale

  • Arrêté ministériel de biotopes du 08/12/1988 : Liste des espèces de poissons protégées, article 1 : mise en, réserve de naturelle et protection de l’habitat

Programmes et plans de gestion

  • Plan de gestion des poissons migrateurs du bassin Seine-Normandie (PLAGEPOMI)

Sur le bassin Seine-Normandie, la pêche du saumon est autorisée sur les cours d’eau classés (Sée-Sélune, Sienne, Saire, Vire, Touques, Arques et Bresle) pour lesquels un Total Autorisé de Capture (TAC) a été défini. Les TAC sont définis rivière par rivière sur la base des potentialités de production des cours d’eau (tableau). On y différencie les castillons (individus de moins de 70 cm) des saumons de printemps (individus de plus 70 cm). La taille minimale de capture est fixée à 50 cm (Art. R436-62 du Code de l’Environnement).


Totaux admissibles de capture pour le saumon atlantique sur les cours d’eau normands

 

Les périodes d’ouverture pour la pêche du saumon atlantique sont fournis dans le tableau de synthèse suivant :


Période d’ouverture de la pêche du saumon atlantique dans les départements du bassin Seine-Normandie

 

Par ailleurs, un certain nombre d’arrêtés limite ou interdit la pêche des poissons migrateurs en aval de la LSE. 


Textes limitant ou interdisant la pêche des poissons migrateurs en aval de la Limite de Salure des Eaux (LSE) sur le bassin Seine-Normandie

Les menaces pesant sur le saumon sont multiples et principalement d’origine humaine. Combinés à la surpêche et au braconnage qui surexploitent les populations, les barrages, la chenalisation, la pollution, l’extraction de granulats, les sports aquatiques… court-circuitent les voies de migration, fragmentent et dégradent les habitats. Par ailleurs, le changement climatique aurait une incidence sur la survie en milieu marin (augmentation de la température, baisse des ressources alimentaires).

Le saumon atlantique fait aujourd’hui l’objet d’un plan de sauvegarde spécifique à l’échelle nationale, outil de mise en œuvre des recommandations de l’Organisation de Conservation du Saumon de l’Atlantique Nord (OCSAN) en matière de protection, de gestion et de mise en l’espèce et de son habitat.